AUBE
J’avais guetté l’invisible au rivage
Où son manteau s’effilait en écume
En coquillage, en varech et en plume
Une rumeur montait du fond des âges
Je l’avais pisté dans l’obscurité
Cherchant sa trace de brise et de pluie
De bourgeons, de chants d’oiseaux et de fruits
Et posé un piège à l’éternité
Puis l’aube fut un ange sur la mer
Secouant les étoiles de ses cheveux
Dans les eaux où s’évaporaient leurs feux
Et ses ailes déjà couvraient la terre
Et ses pieds bondirent sur les galets
Les prairies, les frondaisons et les granges
Il déchira en riant mon filet
Me renversa et déboîta ma hanche
Mais je saisis la frange de sa robe
Le fit trébucher dans le thym vermeil
Et avant qu’à jamais il se dérobe
Il murmura son Nom à mon oreille
Il s’enfuit en chantant dans le vent d’est
Au-dessus des chemins où vont les hommes
Des nuées et des rayons baignant sa tête
Et de ses voiles détachant les pommes
Et je fus roi des merles et des bruits
Des hameaux, du blé mûr et des vergers
Des lapins, des nymphes et des bergers
Et de la joie des enfants dans les fruits
