BARQUE FUNEBRE DE TOUTANKHAMON
I.
Ma sœur épouse, ô mon amante
Cependant que la crue m’emporte
Par delà chacune des portes
Puissent vos mains adolescentes
Soutenir mon âme mendiante
(Quêtant glacée les astres d’or)
Dans la chaleur de votre corps
Nu sous la gaze transparente
Laissez la barque loin des prêtres
Flotter entre le rêve et l’être
Comme aux moments d’après l’amour
Et pour mon seul embaumement
Plongez mon crâne tendrement
Dans le parfum de vos seins lourds
II.
Respirez mon âme embaumée,
Rives, peuples, prêtres, étoiles.
De vos larmes mouillez ma voile,
Rosée, sœurs, épouses, almées.
Et vous, dieux, totems, innommés,
Répandez l’encens sidéral
En pluie et brume matinales
Sur mes champs et mes bien-aimés,
Tandis qu’au-dessus des pylônes,
Je m’élève jusqu’à vos trônes
Dans les chants et la paix du soir,
Et qu’en-dessous, masqué de gloire,
J’entre dans ma nuit funéraire
Auprès du char et de l’araire.
