DE L’AME (OU CREATURE) PENDANT LA NUIT DE PAQUES
Je m’en vais en pleurant dans la peur et la nuit
J’ai trahi mon ami et je me suis enfuie
Ah ! ils l’ont couronné de ronces et d’épines
Lui qui m’avait fleurie de lys et d’églantines
Jérusalem reste plongée dans les ténèbres
Et j’entends éperdue les veilleurs d’Israel
Postés sur les hauts murs et tournés vers le ciel
Souffler dans leurs grands cors des alarmes funèbres
J’erre sous le rempart et cache dans la vigne
Où nous avions tous deux pris les petits renards
Mon amour et ma honte, et tout mon désespoir
Et je sanglote et prie en espérant un signe
*
Mais des feux ont déchiré la nuit sur la crête
Une tourterelle a roucoulé dans l’aurore
La rosée est tombée en légers flocons d’or
Voici l’élu, l’ami, parmi les cris de fête !
Il vient dans les chants d’oiseaux et les hosannas
Il est terrible et doux, un agneau et un lion
Cheminent avec lui vers les hauteurs de Sion
Il est joyeux du vin qu’il a bu à Cana
A ses mains et ses pieds s’allument des rayons
Ils ont percé son flanc, ils ont broyé mon coeur
Mais son corps et ma foi à la fin sont vainqueurs
Il foule de son pas les serpents et scorpions
Comme il est beau ! Il s’est baigné dans le Jourdain
Puis il a revêtu un voile de lumière
Et il s’est parfumé de l’encens du sanctuaire
Et il sourit, il vient à moi par les jardins
Oh ! je suis sur son sein, et tendres sont ses lèvres
Sur mon front tout brûlant, il apaise ma fièvre
J’entends battre son coeur, il lisse mes cheveux
Et douce est la caresse et doux sont nos aveux
De Jérusalem s’éloignent les bruits de guerre
Le matin est embaumé de fleurs et de fruits
L’alouette se berce et chante au fond de l’air
Je suis un agneau blanc blotti tout contre lui
Mon bien-aimé est mon seigneur et mon berger
Mon ami est à moi, à jamais je suis sienne
La paix descend sur la vigne et sur le verger
Et j’entends sur le mont le grand vent de l’Amen
