DES CHENES D’ABRAHAM
I.Un dieu surgit pour moi hors du temps et de l’ombre
Et me poussa dans les déserts jusqu’à l’orée
De la terre et du ciel, au chêne de Moré
Où je m’émerveillai sous les astres sans nombre
Je vis la voie lactée couler sur Canaan
En semence argentée de peuples et d’enfants
Puis je vis des nuées, la foudre avec l’ondée
Et la Terre Promise ouverte et fécondée
Je m’épanchai dans le sein d’Agar et Sarah
Et voyez Ismael, Isaac à leur bras
Ils sont tendres et frais comme des plants de menthe
La terre est sous ma nuque et le ciel est ma tente
Mon dieu scintille au-dessus du chêne et du val
Mon âme est comme un puits où tombent des étoiles
II.
De la terre et la chair, dieu me fit la Promesse
De femmes et d’enfants, de grands troupeaux qui paissent
De laine et de grain doux, de corps et de caresses
Et mon chant monte à lui dans la fumée des graisses
Mais sa Parole aussi est la flamme et la peur
Goûtez le sel et la cendre au bord de la mer
Ecoutez battre la lune rouge et mon coeur
La nuit où l’enfant nu fut lié sur la pierre
Ô Yahvé-dieu, ma paix, ma joie et mon Alliance
Isaac est ton rire et le monde innocence
Un grand feu consume le bélier démembré
Et dans l’ardent midi où tremble la lumière
Quand tout se fait silence et tout se fait mystère
Trois anges vont m’attendre au chêne de Mambré
