DEUX SONNETS SUR BOUDDHA
I.LES TETES DU COBRA...
Les têtes du Cobra me couvrent en sifflant
Et ses crachats divins parfument mes cheveux
Mais que nulle splendeur ne consacre mon voeu
Ni les poisons des sens ne brûlent dans mon flanc
Vêtu comme un mendiant de lambeaux et de vent
Je viens sous le figuier cesser toute douleur
Briser la roue céleste en lui jetant des fleurs
Et joindre dans mes mains tous les morts et vivants
Dans le ventre du monde aux millions de foetus
Je perçois le courant qui préside aux naissances
Je fus un chien, un roi, je suis Bouddha qui pense
Mon dernier moi s'endort, un bouton de lotus
En moi-même hors moi-même en vision va s'ouvrir
Un paon à mon éveil viendra pour s'en nourrir
II.D’UN BOUDDHA MEDITANT

Si je n’ouvre les yeux, comment pourrez-vous vivre ?
Il vous faut épuiser la force et la lumière
Montées dans mon regard du fond de ma prière ;
Si je ne meurs en moi, qui de vous se délivre ?
Tandis que vous pleurez à travers mes paupières,
D’une ineffable joie sobrement je m’enivre
Dans le vide et la nuit où l’on ne peut me suivre ;
Ne voyez-vous frémir les fins voiles de pierre ?
Mon sourire déjà... Comme un sceau de ma bouche
Sur le monde à la peine, invisible et subtil
Battement de mon coeur vers ma lèvre immobile.
L’Eveil est intérieur, nul besoin qu’on me touche ;
Mon visage est en vous et le vôtre est en moi,
Avec la compassion, la patience et la foi.
