DEVANT UN CHRIST DE PHILIPPE DE CHAMPAIGNE
Je ne vois qu’une image et je cherche l’objet,
Le modèle et le vrai par-delà l’immanence
Des pigments, du génie, et de sa main qui pense
Mais pas plus que moi-même attrape le sujet.
La couleur est obscure et toute ressemblance
Se voit les yeux fermés. Si la beauté, d’un jet
Eblouit la rétine et se croit transcendance,
Le réel est un lent, improbable trajet
Dans la nuit mystérieuse où les dieux sont cachés.
Mais, déjà révélés, nous avons leurs visages,
Non faits d’une main d’homme et pourtant des images :
Deux paupières baissées, des coups, du sang séché ;
Une Indienne étoilée, ses mains, son front sereins ;
O cape à Mexico, ô linceul à Turin.
