DU RETABLE DE MOULINS
GRISAILLE DU RETABLE DE MOULINS
Ce blanc si pur tient toutes les couleurs
En dieu; soleil occulté, palpitant,
Car effondré dans l'attraction du coeur
Pour rejaillir en un spectre éclatant.
Comme à l'envers de l'image de gloire,
Dans tous les gris la Vierge est reflétée,
Belle déjà dans ce terne miroir
Avant qu'en reine on la voie exaltée.
Moi Gabriel aux longs traits de cristal,
Je suis l'éclat du Très-Haut dans les cieux,
Le prisme éteint qu'allumeront ses yeux.
Prosternez-vous à ma voix aurorale !
Dans un instant, je montrerai l'avers,
A elle, à vous, j'annonce la lumière.
II. DU RETABLE DE MOULINS

Sur le fond de pastel d’une aube transparente
Dieu déploie ses drapeaux d’angelots et d’étoiles
Le soleil et la lune en trône et piédestal
S’en viennent soutenir la Vierge adolescente
Nimbée par l’arc-en-ciel, les rayons et les ondes
Fêtée par mille carillons multicolores
Rêveuse et souriante elle berce le monde
Entre ses bras menus drapés de soie et d’or
Les garçons dans les nues secouent leurs longues boucles
N’osent toucher la robe et caresser l’enfant
Entonnent doucement un grand choeur triomphant
En posant la couronne aux lourdes escarboucles
Et baissant sur le Fils un regard de tendresse
Elle semble songer, sage, étonnée, liliale
A la nuit éblouie par l’éclair sidéral
Aux mots de Gabriel en gloire et allégresse
III. DU MAITRE DE MOULINS

Ne donnez pas de nom, ni de date ni lieu,
Ni de prince. Que servent-ils à l’émotion ?
Restez caché, secret, maître, mystérieux,
Lorsque sont révélées couleur et création.
Et vous pieux donateurs, vous nous montrez le geste,
Récitant chapelets et fervents patenôtres,
A genoux quand le miracle se manifeste,
Et nos désirs profonds sont semblables aux vôtres.
Egarés et surpris par autant de lumière,
Il nous semble rêver, nous sommes en prière,
Et nous cherchons le Nom où tout se dissimule.
Le nom est incertain, le Mystère insondable
Mais la vie s’éblouit quand s’ouvre le retable :
Quel Maître les a peints, ces doux rayons qui brûlent ?
