L’ARBRE-POETE
Mes pieds baignent dans les sources
Que fertilisent les morts,
Et l’orage aux foudres d’or
Brûle ma tête en sa course
De l’ébullition des sèves
Et de la boue des racines
S’écume la vie divine,
Fermentent pour vous mes rêves
Mon feu de mots et d’écorce
Aux vents du ciel prend sa force,
Mon chant de fruits et de feuilles
Prend son eau des puits du deuil
Vive est l’illumination
De l’azur et du tonnerre,
Douce la révélation
Des eaux noires sous la terre
J’attrape l’aigle à mes branches –
Dans mes cheveux – mon génie
Le rossignol – fait son nid –
La chouette hulule à ma hanche
Mille yeux et les étoiles
Tournent autour de ma tige,
Je suis fixe mais vertige
Dans l’obscur au fond du val
Consume-moi d’un éclair
Ô nuit d’ombre et de lumière !
Je suis l’arbre et le poète
Le bois et flamme secrète
