NOTRE-DAME DES BOMBES
Sur l’eau sur l’Elbe en amont de la ville
C’est jour de fête, c’est la Saint-Jean le long du fleuve
Deux mille huit
Notre vapeur chuinte et tricote au pied des collines
Des baraques et des fêtes foraines ont poussé cette nuit sur les rives
Des fanions et des drapeaux font coquelicots dans la verdure
Des peupliers se retournent comme des parapluies dans le vent
On danse et on boit sous les chapiteaux
Où des haut-parleurs braillent de gaies rengaines populaires
Des couples, des groupes et des chiens baguenaudent dans les prairies
Des petits enfants pataugent au bord de l’eau
En papillonnant des menottes sur notre passage
Des châteaux se hissent au-dessus des frondaisons
On vient abreuver et laver sur une grève des chevaux lents, noirs et luisants
Nos cylindres tournent maintenant au ralenti
Le courant nous porte....
Et voici les flèches, les tours, le pont, les palais
Le haut quai noir de monde en liesse
Et enfin la coupole incomparable
Dominant de très haut les toits, maternelle, en forme de cloche
Elle semble carillonner perpétuellement l’Angélus
Pour sa ville
Mais l’Histoire se précipite sur nous
Mil neuf cent quarante-cinq
En vision d’un cortège d’anges noirs
Leurs bombes, la chaleur des enfers, les ruines
Les cris et les morts
Et la cathédrale elle-même, fracassée, martyrisée
Comme un crâne troué
Notre-Dame de Dresde, Notre-Dame des Bombes
Priez pour eux, priez pour nous
