AGRIGENTE I et II
I.ICARE
De la chute d'Icare au mileu des colonnes
Reste un grand corps de bronze abîmé sur les reins
Dont la force et détresse à jamais nous étonnent
Et la taille et douceur de son sexe d'airain
Le sous-sol a tremblé et le firmament tonne
Mais s'élève Concorde au beau fronton serein
Quand le géant sourit à l’horizon marin
Les siècles sont confus et les églises sonnent
Entre les amandiers monte une vierge brune
Recoller d'un onguent les deux ailes brisées
Et confier aux Grands Dieux l'amant paralysé
Et puis la Vierge vient sur un croissant de lune
Accrocher des vieux fûts avec sa tresse blonde
Et d'un coup de menton abattre le vieux monde
II.ADAM

Du chemin d'amandiers la vive inflorescence
Progresse vers le temple et ses fortes colonnes,
Et de telle douceur et de telle puissance,
Le temps sait le secret, que jamais il ne donne.
Un rameau rose et blanc forme une fraîche joue,
La colonne, une jambe et son noble maintien,
Et la mer au delà, où le soleil se joue,
Fait comme un long regard que l'horizon retient.
Puis souffle un vent léger qui soulève les branches,
Les gonfle comme un sein ou bien galbe une hanche :
Ce corps est féminin que désire mon rêve,
Pour relever Adam et lui rendre son Eve,
Et d'un doigt créateur, quand les pétales flambent,
Effleurer tendrement la colonne et la jambe.
