BALLADE POUR LA BELLE-AU-BOIS-DORMANT
Sommeille ô ma toute belle
Sous l’étoile et la fougère
Je chevauche sous le ciel
En cherchant tes grands yeux verts
Tu souris sans rien d’amer
En refermant tes paupières
Tu sombras où tu reposes
Sous la ronce et sous la rose
Dors au jour, dors à la brune
Petite soeur des grands bois
Sous l’azur et sous la lune
Où dérivent des abois
J’entends couler goutte à goutte
En longs échos sous les voûtes
Les secondes et les jours
Des cent ans du pur amour
Les trois perles de ton sang
Où gela le dernier jour
Dans mon coeur où bat l’amour
Se réchauffent en dansant
Dors ô ma douce colombe
Sur la mousse et la racine
Je vole par les ravines
Veiller ton lit et ta tombe
La mûre et le chèvrefeuille
Parfument ta gorge tendre
Mille grillons font entendre
Le chant sans fin de ton deuil
Ecoute prier la source
Au plus profond de la terre
Sens tomber sur ton front clair
Les larmes de la Grande-Ourse
Dans l’extase et dans l’effroi
Le cerf tremble où tu respires
L’oiseau bleu quand tu soupires
Vient percher sur tes pieds froids
Je murmure à ton oreille
Ô ma diaphane enchantée
Des vers de fleurs et d’abeilles
Des chansons de soirs d’été
La nuit m’a jeté un sort
Tu es l’étoile et mon nord
La lune est ton frais sein blanc
Et la voie lactée, ton flanc
Quand je regarde le ciel
Je n’y vois rien sinon toi
La Vierge y fait un doux miel
Et tes baisers y chatoient

-Je rêve et je suis légère
Ô bien-aimé, comme l’air
Je flotte entre terre et ciel
Comme un fragile arc-en-ciel
Viens dormir entre mes bras
Te mirer dans mes yeux verts
Viens rêver les yeux ouverts
Le vent nous emportera
Dors sous les fleurs épineuses
Ô pâle vierge amoureuse
Tes chastes lèvres vermeilles
Se gonflent pour le réveil
Pour toi la morte et la vive
Moi le prince au beau souris
Le hérault des coeurs épris
Je me tiens sur les deux rives
Mon baiser est un chemin
Des jardins du grand sommeil
De la nuit qui s’émerveille
Vers le jour et vers demain
Dors ô ma blonde princesse
Sous les pommiers d’Avalon
Songe au baiser d’allégresse
Ô ma fée dans le vallon
Dors ô ma reine ô ma belle
Sous le chêne et sous l’éclair
Je m’en vais sous le grand ciel
Pour ouvrir tes beaux yeux verts
