CARTE POSTALE DE LOS ANGELES
Au LACMA sur un rouleau japonais
un oiseau jaune dérobe des cerises
Dans le parc du musée un papillon orange
explore les bougainvillées
Sur un coin de paravent des enfants font glisser des jouets sur l’eau
Au dehors sur la pelouse des gamins sautent rient chantent
en poursuivant un ballon
Des bambous jetés d’un pinceau tremblent en noir et blanc
Les mares de pétrole du parc Hancock s’irisent comme de l’encre
Consonances
Hier le roc dur, les vagues immobiles des dunes, le silence du désert américain
l’ivresse du temps et de la solitude, du sec et du nu
Aujourd’hui les jardins et les parcs, le moutonnement du Pacifique, la rumeur et la vitesse de la mégalopole,
la sensualité de millions d’arbres, de l’écoulement des palmes et des flots
Et toutes les races de la terre
Résonances
Dauphin pélican et phoque
Ont remplacé mouflon coyotte et vautour
Mais comme là-bas dans les cactées
ici dans les canas, les orchidées
l’oiseau-mouche, hélicoptère-jouet
un instant s’immobilise
puis file en vrombissant
et nous fait rire
Le pélican, planeur acrobatique, déferle avec l’écume
semble naître de la vague
ou la pousser sous son aile
Mais le désert...
Nous tout enfants perdus dans les lointains
Le surgissement de l’oasis dans la montagne aride
Le parfum du limon humide au pied des stipes
Ces hauts seins blancs blonds de sable fin
Que caressèrent nos pied nus
Ce filet d’eau salée sous les broussailles
Où nous avons trempé nos doigts
Dans les gorges rougeâtres, les galets noirs des plateaux, le gravier des éboulis
Ces jardins de plantes étranges assoiffées
Ocotillo saguaro cholla joshua-tree
Créosote tuyau-d’orgue arbre-éléphant
...le désert est le motif dominant
Vous êtes au loin très loin où il fait nuit il fait froid
Paris Los Angeles
Deux lieux, un même instant
Nous pensons à vous
Vous dormez sans rêves nous flânons nous chantons nous vivons nous rions
Nous rêverons
Quand vous irez travailler
Dissonances
Paris le désert Los Angeles
Une seule terre, une seule harmonie, un seul chant
