DEUX POEMES SUR MIGNON, DE GOETHE
I.
Mignon, descendons dans le jardin de novembre
Nos coeurs et ces dahlias sont lourds et s’abandonnent
Viens rêver à l’été, viens conjurer l’automne
En chantant au ciel gris la gloire des fruits d’ambre
Mais comme est plaintive ta voix dans le verger
Enfant ! des bosquets d’or là-bas tu étais reine
Sous les fauves pommiers, dans l’exil et la peine
Comment chanter, chanter la joie des orangers ?
-Bien-aimé ! il fait froid déjà, il fait si sombre
Malgré tout notre amour, sur ces coteaux du nord !
Comme nos coeurs, voyez, ces coings brillent dans l’ombre
Mais ils sont surs déjà et penchent vers les morts
Nous sommes feuille et fruit, l’amour même est mortel
La chair, le coeur aussi, il faut bien qu’ils périssent !
Et nous irons là-bas où les citrons mûrissent
Là-bas...où les chemins se perdent dans le ciel
II.

L’orange est ton regard du fond des feuilles sombres
L’orange est ton secret qui brille au coeur de l’ombre
L’orange est ton oeil d’ambre, un rayon dans l’hiver
Mignon, mon doux Midi, mon beau plant toujours vert
Quand je baise tes yeux, j’y bois tes tendres larmes
De sucre et d’amertume, et la pluie des vergers
Te prenant contre moi, je calme tes alarmes
Ton feuillage frissonne, ô mon triste oranger
Elles passent, Mignon, les saisons de nos coeurs
La nymphe pleure un soir au creux de son vallon
Où chantera demain la flûte d’Apollon
Et les blancs migrateurs (ce sont nos âmes-soeurs)
Qui s’en vont tout là-haut en lançant des appels
Nous promettent la chair du fruit d’or dans le ciel
