CE QUE M’A DIT L’ETOILE
Quand je n’entendis plus aucun bruit,
Je sortis au plus profond de la nuit
Et m’égarai seul dans l’immensité,
Sur la neige tombait l’éclat des étoiles
Mais les monts tendaient de sombres voiles,
J’étais dans l’obscur et dans la clarté.
J’avais laissé bien loin toute science
Et de moi presque perdu souvenance,
Simple et neuve et blanche était mon âme,
Dans la nuit et le froid, prête à la flamme,
Pour l’immensité, prête à la naissance.
J’étais entre oubli et connaissance.
Je ne savais ce qu’était le ciel et ses corps,
Voyais-je des choses, des dieux ou des morts ?
D’où venaient la lumière, et les météores
Qui dans le noir sifflaient leurs traces d’or ?
La nuit m’arracha une plainte,
J’étais dans la stupeur et dans la crainte.
Voyais-je une voûte ou un espace ?
De la lune, quelles étaient la taille et la place ?
Où poser des bornes, mesurer des distances ?
Mars, Vénus, Jupiter, dont j’ignorais les noms,
Etait-ce à l’infini ou au-dessus des monts ?
Ah ! quelle confusion que mon intelligence !
Le jour, les arbres et les bêtes
M’étaient familiers, proches et utiles
Mais la nuit, le ciel et les planètes,
Etrangers, mystérieux et hostiles,
Car je ne savais qu’agir, comprendre et donner,
Ni recevoir, ni m’abandonner.
Les yeux perdus dans le noir et la lumière,
Ébloui par la nuit et ses prodiges,
Je fus saisi de vertige
Et m’assis entre de grandes pierres
Sous ce toit scintillant que rayaient des bolides.
J’habitai le ferme et le vide.
J’entrai dans la paix, la vision et l’écoute,
Et l’étoile apparut, qui me souffla la route.
Ce qu’elle dit, en vérité qu’en sais-je,
Était-ce dieu, l’être ou la beauté ?
C’était pur, frais et léger comme la neige,
C’était dans l’infime et dans l’illimité.
Tout baignait dans la ténèbre et l’incandescence,
Mars, Vénus et Jupiter menaient la danse
Des feux, des flammes et des étincelles,
Sur la glace et les rocs, il s’écoulait du miel,
Et le front brûlant, dans l’obscur et la clarté,
Je passai les monts en suivant la voie lactée.
