DE L’ILIADE I et II
I.DES VAISSEAUX
Récite des vaisseaux le glorieux catalogue
De villes enfouies et de rois en colère
Les noms des dieux jaloux et des hommes de fer
Les îles dépassées dans le songe où je vogue
Sur le pont du destin brûle ma frêle lampe
Je vois flotter au ciel et au fond de l’eau noire
La Tête de Cheval et les yeux froids des Moires
Les étoiles de mer et les doux hippocampes
Le flanc rond de ma nef balance entre les rives
Comme aux chemins de Troie les hanches des captives
Muse ! hâte ton chant, libère les images !
Mais prolonge un moment les soirs mélancoliques
Où vient siffler le bois sur le sable des criques
Puis danser un cheval détaché sur la plage
II. DE BRISEIS

Après qu’Agamemnon lui eut pris sa captive,
Achille sombrement s’enferma dans sa tente,
Et la mer au dehors battit moins lancinante
Que son cœur affolé de haine convulsive.
***
Dans les lauriers chassée, du marbre du Soleil
Elle étreignit les pieds, tremblante comme un faon.
Mais sur toi, ô korê, nul soudard triomphant
Ne put porter la main, sur toi l’Aède veille.
Par ta beauté fragile et tes yeux alarmés
Où les casques brillaient dans de grandes prunelles,
Achille en un instant se sentit désarmé.
La brute agenouillée apprivoisa l’agnelle,
Lustra sa toison noire, y mit sans long discours
De fins feuillages d’or volés au dieu du jour.
