DU POETE I et II
I.
J’ai freiné dans leur vol de fougueuses cavales
Mis à l’amble ou au trot leurs jarrets galopant
Volé dans l’Arcadie la syrinx au vieux Pan
Et bu au gobelet dans le fleuve d’étoiles
Dans un cloître fleuri où résonnait un luth
J’ai trouvé sans chercher, en flânant au soleil
Le secret de la rose et la source de l’ut :
La beauté nue d’un mot et l’ange à mon oreille
J’ai courtisé la Vierge en reine sur son trône
Et pu toucher tremblant son ourlet bleu et jaune
Apprenant chez Vinci la couleur et la grâce
Et j’ai moqué un temps la nuit noire et l’angoisse
En poursuivant dans l’ombre un éclat du couchant
Caressé par le vent sur les ailes du chant
II.

J’ai des douceurs de femme et le corps d’une brute,
Je tends mon front à l’ange et je poursuis la nymphe,
Le ciel est mon désir mais la terre est mon but,
J’ai la force du sang, la pâleur de la lymphe.
J’arpente les forêts où j’aboie sous la lune
Puis dans un chœur roman vais pleurer de tendresse.
J’aime l’âme et la chair, les saints et les déesses,
Qui pourrait expliquer mon étrange fortune ?
De cette confusion mon cœur est la synthèse :
Pas de plus tendre amant, l’ondine est amoureuse,
Je vénère à genoux la Vierge bienheureuse.
Et quand le corps est beau, plus rien en lui qui pèse :
La hanche de ma femme est mon bien spirituel,
Les anges italiens s’envolent d’un coup d’aile.
