LANZAROTE I et II
I.FEU DU POEME
Ils m'ont tressé de lave une terrible corde
Lié au dernier cercle auprès du feu central
Et lâché sur mon foie des oiseaux qui le mordent
Mais dans mes yeux levés choit la fraîcheur astrale
Par de secrets tunnels, la mer soudain déborde
Le ventre des enfers, le magma ancestral
Lors ma gangue se fend, les basaltes se tordent
Et je m’arrache enfin de ma forme spectrale
Porté par l'alizé vers la vague éblouie
Une braise à la main, je dévale la cendre
Où naissent sous mes pas des plantes inouïes
Dans ce creux de palmiers des amants vont descendre
Loin des chiens de blocs noirs aboyant l'anathème
"Recevez du Titan la flamme du poème"
II.CARTE POSTALE

Le bleu, le noir, le blanc – ciel, volcan et clocher –
Claquent dans l’alizé comme un furieux drapeau
La lumière est si crue qu’elle fend les rochers
Et la lave et le sel ont écorché ma peau
Mais je ne ressens rien qu’absence de moi-même
Avant ces mots en moi qui allègent mon corps
Vers la sensation vraie – et je deviens poème
Au-dessus de la vague, un vol aux ailes d’or
Le magma sous le roc est mon sang dans la terre
L’île est une seconde, un instant dans la mer
Dans le vent passe un cri, un message des cieux
Je suis ici, ravi, un lieu, un temps, un dieu
Mon corps et ma pensée sont de délicieux maîtres
Et j’écris avec eux ce feuillet de mon être
