D’APOLLON ET DAPHNE
Phébus est amoureux... Ah ! Quel piteux amant
Quand ricane une pie sur l'épaule adorée !
Il n'étreint qu'une écorce, un feuillage embaumant
Au lieu des seins molleux et des cheveux dorés.
Mais la nymphe attendrie dans ses bras se relève,
Doux laurier frémissant, verte et souple colonne.
A-t-elle encore un coeur ? Il écoute la sève
Dans les rameaux luisants dont on fait les couronnes.
Puis le dieu, d'un rayon, se saisit d'une branche,
L'illumine et féconde ainsi qu'un creux de hanche,
Et Daphné de grandir, car la Femme est forêt.
Et l'Homme est, lui, solaire ; Amour, leurs avatars :
Lumière et végétal, feux follets et marais,
Orage et glèbe nue, ivres frelons et poires.
