MAINCOURT-SUR-YVETTE I et II
I. L’ESPRIT SUR LE CHEMIN
Sur le chemin perdu où j’égrène ces mots
Comme d’un chapelet fait d’ombre et de lumière,
Un tout petit ruisseau frissonne entre les pierres
Sous les voix insensées là-haut dans les rameaux.
Prière du poème ! Eveilles-tu l’esprit
Caché dans le vallon du néant et de l’être,
Cet enfant mystérieux qui jamais ne peut naître,
Le fruit du clair-obscur, du silence et du cri ?
Il sait la vie, la mort et le pourquoi des roses.
Les mots entre ses doigts s’écoulent plus limpides,
Une perle et du vide, une perle et du vide…
Des mots surgis de rien, à la source des choses.
Des instants imprécis se délivrent des limbes,
Où j’entends près de moi l’écho d’un chalumeau
Tandis que passe un faune, ou une ombre, ou un nimbe
Dans le vallon perdu où je dis quelques mots.
II.NARCISSE

Ma conscience est comme un miroir
Où mon être entre les iris
Se mire, ainsi qu’au vieux lavoir
Autrefois s’est penché Narcisse.
Je pense et ne vois qu’un reflet
Dans l’eau de boue et de feuillage,
Mais je suis beau dans cette image,
Instant tremblant sous la saulaie.
Idée et rayons infléchis
D’un corps vivant, ce puissant charme,
Je suis ce que je réfléchis.
Puis vient le double ciel en larmes
Crever la glace et tout brouiller,
Et que savoir sans me noyer ?
