MARY HYNES
La lande se taisait, les agneaux, les ajoncs
Lorsque venait Mary en deux-trois légers sauts
De ses pieds nus glacés que baisaient les goujons,
Racheter notre monde en passant le ruisseau.
Le nuage s'épuisait mais pas l'averse blanche
De l'hommage des haies. Des paillettes sans nombre
S'envolaient sur les eaux, la portait sous les branches
Vers les yeux et les coeurs que lui libérait l'ombre.
Ses pas dans le limon longtemps ne s'effaçaient
Et les garçons priaient au pied de l'aubépine.
Toute la création tendrement l'embrassait
Quand nul n'osait l'aimer, si bonne et si divine.
Mais des fées s’assemblaient en lueurs vagabondes,
Une suie vint souiller les flocons du printemps,
Le trop-plein de beauté déborda de ce monde,
Et la nuit prit Mary le soir de ses vingt ans.
Un vieux poète aveugle à son deuil a chanté.
Et bien après vint Yeats, afin que nul n'oublie,
Et lui la vit aussi. Et pour toi l'enchantée,
Me voici sous les fleurs au gué de Ballylee.
